Une sécurité sociale pour une vie digne

La sécurité sociale appartient à tous et toutes. La CSC Seniors y a consacré son 7e congrès dans une perspective intergénérationnelle et interprofessionnelle: «Nous nous sommes battus pour l’avoir, nous nous battons pour la garder» proclame-t-elle.
«La sécurité sociale est la ‘cathédrale’ du monde du travail. Pourtant, on en parle peu, trop peu. Et ce qui, pour nous les syndicalistes, va relativement de soi est bien trop méconnu par de nombreuses personnes.» La CSC Seniors, elle, en parle: la sécurité sociale était au cœur de son 7e congrès. (Voir l’article par ailleurs).  Christian Kunsch, président du Mouvement ouvrier chrétien (1) a dressé un tableau d’ensemble de l’état actuel de la sécurité sociale en la considérant du point de vue des seniors.

Insécurité sociale
«La pension signifie d’abord une importante perte de revenus. Un pensionné sur cinq vit avec moins de mille euros par mois et cela concerne surtout les femmes. Nos pensions sont sous la moyenne européenne! Elles ne suffisent pas toujours à payer le loyer des maisons de repos. Il faudrait un revenu mensuel de 1500 euros minimum pour tous et toutes. C’est un cheval de bataille de la CSC. L’accès aux soins de santé est difficile pour les aînés qui peinent à payer les médicaments dont les prix s’envolent et sont largement responsables de la croissance des soins de santé» rappelle Christian Kunsch. Il épingle aussi la mobilité: «Dans certains endroits, le bus passe une fois le matin, une fois le soir. Il faut pourtant pouvoir se déplacer facilement, surtout quand on n’a pas d’auto.»
Le tableau est donc loin d’être rose! Notre sécurité sociale est abîmée. Les seniors sont frappés par la précarité et vivent de nombreuses difficultés. Les jeunes aussi. «Avant, les jeunes devaient être solidaires des aînés; maintenant, les aînés doivent l’être des jeunes» observe un congressiste. «La seule réponse qui vaille est solidaire» renchérit Christian Kunsch.

Une réponse solidaire
Pour lui, il est encore possible de la restaurer, des alternatives existent: «Elles doivent prendre en compte le maintien et le renforcement de la sécurité sociale, mais aussi l’ampleur du défi climatique. Cela passe par une diminution des inégalités et une hausse de la cohésion sociale» souligne le président du Moc qui épingle quelques revendications prioritaires du mémorandum préparé par son organisation en vue des élections de mai 2019. Elles visent une vie digne pour tous et toutes: «1. Réduire les inégalités grâce à une fiscalité juste qui mette en place une réelle progressivité des taux d’imposition. 2. Assurer une sécurité sociale solidaire. 3. Assurer le droit à la santé pour tous et toutes. Elle doit devenir un indicateur pour l’évaluation des mises en œuvre des politiques publiques. 4. Rendre vigueur à la démocratie en accordant le droit de vote à tous les citoyens, en luttant contre toute forme de discrimination.

En finir avec les suppléments d’honoraires

Se battre pour des pensions dignes pour tous et toutes à 65 ans, lutter pour supprimer les suppléments d’honoraires dans les chambres à deux lits et lutter contre la privatisation des soins de santé: deux revendications que la CSC Seniors soutient et va s’engager.
Quoi dit sécurité sociale dit soins de santé. «En Belgique, ils ne sont pas gratuits: «22% du coût total sont à charge des patients, soit 9 milliards sur 43. On paie une part des soins reçus, des médicaments consommés. Dans d’autres pays, la couverture est meilleure: En France, par exemple, on paie des cotisations de mutualité plus importantes que chez nous mais la couverture est beaucoup plus large, explique Jean Hermesse, secrétaire général de l’ANMC (Alliance nationale des mutualités chrétiennes). D’où le succès rencontré par les assurances hospitalisation dans notre pays.»

Médecine duale
Certains employeurs proposent une assurance hospitalisation aux travailleurs. Les mutualités en proposent également. Et puis il y a les assurances privées. Les cotisations pour ces assurances sont en hausse constante. Pourquoi? «Parce que les suppléments d’honoraires réclamés par les médecins sont en hausse constante, répond Jean Hermesse. Nous avons réussi à les supprimer dans les chambres à deux lits. Mais, en Belgique comme ailleurs, les standards, ce sont désormais les chambres individuelles où les suppléments d’honoraires explosent. Sans justification.» En tête des spécialistes qui gagnent le plus d’argent: les néphrologues, les radiologues et la biologie clinique, «un comble pour une spécialité où l’on ne peut même pas choisir son médecin» remarque Jean Hermesse.
Il constate: «Notre pays subit une privatisation rampante. On va vers une médecine duale. Notre but est de supprimer tous les suppléments d’honoraires, que les médecins soient conventionnés ou non. Qu’il y ait des suppléments pour l’occupation des chambres individuelles, d’accord puisque cela devient un standard, mais ils doivent être plafonnés. Et il ne peut plus y avoir de suppléments d’honoraires. Les soins sont pareils que l’on soit seul ou à deux dans la chambre! Cela permettra de supprimer les assurances hospitalisation et, indirectement, d’augmenter les revenus.»

Un corps social profondément blessé
Qui dit sécurité sociale dit aussi pensions. «Ce gouvernement, à la suite d’autres, a infligé de profondes blessures au corps social. Ses ‘réparations’ sont plus que discutables, notamment en matière de pensions» constate le secrétaire général de la CNE, Felipe Van Keirsbilck.
«Désormais, on doit partir plus tard à la retraite et les conditions de fin de carrière sont durcies. Le ministre des Pensions dit que l’on vit plus longtemps. Mais il ne dit pas que la durée moyenne de vie en bonne santé est de 64 ans et de 61 ans pour les moins qualifiés. Partir plus tard, c’est donc partir avec une santé altérée, souligne-t-il. Prendre la pénibilité des métiers en compte n’est donc pas idiot. Mais le ministre propose un système qui ne reconnaît que peu ou mal cette pénibilité; si on le suit, la pénibilité ne sera pas prise en compte dans de nombreux cas. Et quand il sera possible de partir plus tôt, ce sera avec une pension diminuée.»

55-60-65
Le secrétaire général de la CNE avance donc une revendication: 55-60-65. 
  • à 55 ans, droit de ralentir la carrière avec une compensation importante des pertes de revenus;
  • à 60 ans, droit à une prépension avec compensation financière de l’employeur;
  • à 65 ans, droit à une pension légale pour tous et toutes avec un revenu minimum de 1500 euros/mois. 
Impayable? «Non! Le ministre dit partout que les entreprises vont devoir verser 3% de la masse salariale pour les pensions complémentaires. les assureurs se frottent les mains!, souligne Felipe Van Keirsbilck. Mais si les entreprises ont 3% pour cela, revenons-en au système d’avant et consacrons 1,5% de la masse salariale aux pensions légales.»
Et il invite à l’action: «La CSC Seniors a aussi un rôle à jouer. Chaque fois qu’un candidat MR intervient, interpellez-le sur les pensions. Bacquelaine, Michel et cie veulent une centrale sur les migrants, nous voulons une campagne sur les pensions. Là, on va gagner!». Pas de doute, les seniors sont prêts.

La solidarité comme ADN

Lors de son 7e congrès, la CSC Seniors a montré sa détermination dans la défense des aînés, tout en fixant résolument le cap sur la dimension intergénérationnelle et interprofessionnelle du mouvement.  Proche de quarante ans d’existence, elle a un bel avenir devant elle.
«Si, aujourd’hui, nous ne voulons rien changer à notre manière de vivre et de consommer, nos enfants, nos petits-enfants ne nous diront pas merci. Il nous appartient de regarder le monde avec les yeux d’une personne de 25 ans et la sagesse d’une personne de 70» affirme Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC en clôture du 7e congrès de la CSC Seniors. Et c’est bien ainsi que les aînés de la CSC ont mené leurs travaux à La Marlagne, le 20 novembre dernier. C’est aussi la manière dont ils travaillent tout au long de l’année, comme l’ont montré leurs rapports d’activité des années écoulées. C’est aussi une tendance qu’ils veulent renforcer: «Nous devons intensifier l’orientation intergénérationnelle de notre mouvement. Nos efforts pour défendre le droit à une pension décente pour toutes et tous va en ce sens, assure Jeannine Martin, présidente de la CSC Seniors.

Intérêt général
L’ADN de la CSC Seniors est syndical. Ses revendications s’inscrivent donc dans une perspective globale d’intérêt général. «l’importance de la solidarité qui est la seule force du mouvement social dans une société qui posse au repli et à l’individualisme» affirme la présidente.
Le groupement des aînés est né à Liège en 1979. Avec le soutien du secrétaire général de l’époque, Robert D’Hondt, il s’étend à toute la Wallonie puis à Bruxelles. Il prend officiellement naissance au congrès de la CSC de 1981. Au fil du temps, il porte plusieurs noms: en 1983, il s’appelle tout simplement PP pour Action des prépensionnés et pensionnés. En 1990, il devient PPCA (Pensionnés, prépensionnés et chômeurs âgés). Puis la prépension se mue en chômage avec complément d’entreprise et, en 2013, il adopte son actuelle dénomination: CSC Seniors. À ce jour, les aînés ont eu trois présidents et deux présidentes. La présidente actuelle, Jeannine Martin, vient d’être réélue pour un second mandat de même que la vice-présidente, Marylène Flahaut. Avec leur jeune responsable nationale, Gaëlle Demez, c’est donc une équipe très féminine qui pilote le mouvement des aînés.

La CSC Seniors mène ses propres activités: réunions, groupes de travail, journées d’études, universités et assemblées générales, enquêtes, élaboration de revendications… Elle soutient aussi toutes les campagnes de la CSC, est de toutes les manifs, participe aux instances et est active au sein de la Fédération des retraités des syndicats européens. «Les seniors ne sont pas des vieux inutiles; ce sont des anciens militants qui se sont battus pour conquérir les droits que le gouvernement De Wever-Michel veut détricoter» scande la présidente. Elle demande donc à la CSC aux instances dirigeantes que les aînés soient bien présents dans les textes et dans le congrès de 2019 de la CSC.