Une réponse au chômage de longue durée

Et si on proposait enfin du travail intéressant, valorisant et avec un vrai statut de travailleur aux chômeurs de longue durée? La CSC wallonne veut expérimenter des projets de "territoire zéro chômeur de longue durée".
En Wallonie, on estime qu’entre 70.000 et 125.000 personnes sont considérées comme «éloignées de l’emploi», enlisées dans le chômage, avec peu de qualifications et pas ou peu d’expérience professionnelle. Des éternels oubliés de l’emploi, pour qui le carrousel de l’activation et du contrôle n’engendre rien de positif, au contraire.
La CSC wallonne en est pourtant convaincue: ces personnes ont des compétences qui pourraient répondre à des besoins locaux non rencontrés par le marché ordinaire du travail. Alors, pourquoi ne pas partir de leurs savoir-faire pour développer ces fameux «emplois de proximité»? Des emplois supplémentaires qui apporteraient de sérieux «plus» et «mieux» à la société.
Cette idée, proche du concept des «territoires zéro chômeur de longue durée» testé actuellement en France, la CSC wallonne a décidé de l’expérimenter à travers quelques expériences pilotes. À Charleroi, Mons, en province du Luxembourg et dans le Hainaut occidental, la CSC essaie activement d’entraîner les acteurs locaux dans la démarche.

Partir des savoir-faire

«Notre souhait, explique Bruno Antoine, président de la CSC wallonne, c’est de changer la philosophie de travail, et de partir cette fois des savoir-faire et envies des sans-emploi. On a toujours fonctionné, dans le monde politique et les grandes institutions, en partant du principe que l’on sait ce qui est bon pour les chômeurs de longue durée. Ici, on veut les associer dès le début dans un projet qui pourrait déboucher sur de vrais emplois, financés en partie par l’équivalent du montant alloué actuellement aux allocations de chômage, par des subventions publiques et par la quote-part des bénéficiaires
Mais à quoi pourraient servir ces emplois de proximité? Les exemples de «petits et grands travaux utiles» ne manquent pas si on en juge par l’expérience menée dans dix territoires français (communes ou groupements de communes). La paternité de cette idée de «territoires zéro chômeur de longue durée» revient à ATD quart monde, et elle a fait l’objet en 2016 d’un soutien financier acquis pour cinq ans auprès du gouvernement français.
Concrètement, sur chacun de ces territoires volontaires, un comité de pilotage travaille à mettre autour de la table les partenaires locaux, repérer des créneaux d’activité porteurs et créer une entreprise «à but d’emploi», en veillant à ce qu’elle n’entre pas en concurrence avec des activités existantes. En parallèle, le comité a aussi pour rôle d’interroger les chômeurs de longue durée sur leurs savoir-faire et leurs envies, et de leur proposer, sans obligation, un emploi qui leur convienne.
Cela prend évidemment du temps: pour informer les habitants et les chômeurs éligibles, pour vaincre la peur de certains de n’être plus capables, pour rassurer les entreprises et éventuellement les convaincre de nouer un partenariat, pour créer l’entreprise… L’expérience a aussi montré que ce type de projet ne peut se construire qu’à l’échelle d’un petit territoire de 5.000 à 10.000 habitants.

Des fabriques d'emploi

Quoi qu’il en soit, la recette fonctionne. Ces «fabriques d’emploi»,comme les appellent nos voisins français, ont à ce stade généré environ 550 embauches sous statut CDI. Ces ex-chômeurs de longue durée occupent des jobs très divers: cela va de l’entretien des friches à l’accompagnement des personnes âgées au magasin, en passant par de l’aide pour faire les devoirs, la création de garages solidaires, des activités de compostage, de la remise en état de patrimoine, ou encore des jardins partagés. Et la liste est loin d’être exhaustive.
«Je parle de mon emploi avec fierté», «Avec ce travail, je peux rendre service, avoir un statut. Cela a changé beaucoup de choses», «On nous demande ce qu’on veut faire! C’est un nouveau départ» ont témoigné, par exemple, des travailleurs de la Fabrique de l’emploi en métropole lilloise. De tous côtés, les projets mis en place suscitent des réactions globalement positives. Les communes françaises partenaires plaident d’ailleurs pour que l’expérience, qui doit s’arrêter théoriquement en 2021, soit prolongée et étendue. Une centaine de nouveaux sites seraient déjà candidats. Et dans les prochains jours, la présentation d’un plan anti-pauvreté devrait être l’occasion pour le président Macron d’annoncer l’extension du programme à une quarantaine de territoires.
«Cela ne résoudra pas, reconnaissons-le, tout le problème du chômage de longue durée. Mais c’est une piste fort intéressante qu’on se doit de suivre aussi en Wallonie. Nous espérons démarrer concrètement les expériences pilotes encore sous ce gouvernement wallon ou dès l’installation du gouvernement wallon 2019-2024», conclut Bruno Antoine.
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