Un brexit dur mettrait les travailleurs en concurrence

Le Brexit aura des conséquences économiques et sociales. Le négociateur de l’Union européenne, Michel Barnier, s’est donné jusqu’à octobre 2018 pour conclure un accord définitif. Le volet social doit faire partie des négociations à part entière. 
Le Brexit et ses conséquences font l’objet de négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE). Michel Barnier, le négociateur européen, vise un accord définitif pour octobre prochain. Ces négociations préoccupent les entreprises, les institutions financières, mais aussi les organisations syndicales. «Nous voulons par-dessus tout éviter un nivellement par le bas, affirme Luc Triangle, secrétaire général d’Industriall, le syndicat de l’industrie européenne. Nous exigeons que l’agenda social fasse partie des négociations et qu’il soit traité indépendamment du volet compétitivité

Préjudiciable pour tout le monde

Jan Franco, en charge du dossier pour la CSC-Bâtiment industrie & énergie, adhère à ces propos: «En cas de Brexit dur, les directives en vigueur au sein des comités d’entreprise européens des multinationales ne s’appliqueraient plus aux filiales britanniques, ce qui risquerait d’augmenter la concurrence en matière de salaires et de temps de travail. Ce serait préjudiciable pour tout le monde: les travailleurs britanniques verraient leurs conditions de travail se détériorer, et les entreprises et les travailleurs européens subiraient davantage de concurrence.» 
Un Brexit dur entraînerait un autre obstacle: des taxes à l’importation et à l’exportation seraient instaurées, ce qui alourdirait la charge administrative des entreprises. «Un accord de libre-échange pur et simple rendrait la relation commerciale très “distante”, ce qui ne cadrerait pas avec la réalité, souligne Luc Triangle. L’Europe et le Royaume-Uni entretiennent des relations commerciales très étroites. Des tonnes de matières premières, de pièces détachées et de produits finis transitent quotidiennement entre le Royaume-Uni et les pays européens. La perception de taxes à l’importation et à l’exportation pourrait nuire aux deux économies. En outre, l’alourdissement de la charge administrative liée aux activités de douane augmenterait les coûts. C’est pourquoi nous plaidons pour un accès sans frontière et libre de droits.» 

Calais et Zeebruges anticipent 

«Pour éviter les problèmes douaniers, plusieurs entreprises de distribution ont déjà transféré leurs activités au Royaume-Uni, totalement ou partiellement, explique Jan Sannen, de la CSC-Transcom. Les entreprises de transport craignent une inflation des procédures douanières, des contrôles aux frontières des biens et des personnes, et des contrôles sanitaires, ce qui entraînerait de longues files d’attente. Cela augmenterait les coûts des transporteurs, qui devraient engager plus de chauffeurs pour effectuer le même travail. Or, la profession souffre déjà d’une pénurie de main-d’œuvre
Dans la droite ligne de ces problèmes de transport, le secteur de l’alimentation doit s’attendre lui aussi à des difficultés. «Près de trois quarts des aliments importés par la Grande-Bretagne proviennent de l’Union européenne, a expliqué le directeur du port de Calais au journal «De Standaard». Si les activités douanières allongent les files d’attente au port, les aliments seront avariés avant d’avoir franchi la Manche!»
Le port de Zeebruges anticipe lui aussi l’impact du Brexit: «Le Royaume-Uni est le principal partenaire commercial du port de Zeebruges. En 2017, plus de 17,2 millions de tonnes de marchandises ont été expédiées par voie maritime, ce qui représente la moitié du charroi, explique Michael Voet, de la CSC-Transcom. Environ 5.000 emplois en dépendent. Le port essaie de s’armer contre le Brexit, notamment en digitalisant dès à présent les processus logistiques, afin de réduire les futurs problèmes physiques et administratifs