Les femmes (ne) votent (que) depuis 70 ans

En octobre 1948, les femmes peuvent enfin voter aux élections législatives. Les hommes avaient conquis ce droit en 1919. Septante ans plus tard, en 2018, la participation politique des femmes a beaucoup évolué, mais c’est une évolution lente…
En 1948, les femmes peuvent voter aux élections législatives. Elles obtiennent ainsi (enfin!) le droit de voter à tous les niveaux de pouvoir. Plus d’un siècle après l’indépendance de notre pays, le suffrage universel devient une réalité. Néanmoins, il reste aux femmes un long chemin à parcourir pour obtenir l’égalité réelle dans les faits. D’ailleurs, en 2018, ce n’est toujours pas le cas. Retour sur septante ans d’évolution à travers quelques questions.

Les hommes votent aux communales et aux législatives depuis 1919. Quels sont les droits des femmes à cette époque? 

Les hommes conquièrent le suffrage universel en 1919. Le principe «un homme, une voix» est consacré dans les faits. «Un homme» est à prendre au sens premier: les femmes sont exclues de ce droit. Seules les veuves de guerre, les mères de soldats morts durant la guerre, celles des civils tués par l’occupant, ainsi que les femmes condamnées et emprisonnées par l’occupant allemand peuvent voter, mais seulement aux communales.
En 1921, la Constitution instaure le suffrage universel. Toutes les femmes peuvent voter aux communales – à l’exception toutefois des femmes condamnées pour adultère et des prostituées. Mais elles ne peuvent toujours pas voter aux législatives.
Paradoxe: elles peuvent être élues comme conseillères communales et également devenir députées, sénatrices, conseillères provinciales… mais les autres femmes ne peuvent pas voter pourelles puisqu’exclues du vote!

En 1948 enfin, les femmes votent à toutes les élections. Que s’est-il passé?

Il faut encore attendre vingt-sept ans pour que les femmes puissent voter aux élections législatives (Chambre et Sénat) et provinciales. Ce qui s’est passé? Une seconde guerre. En 1948, comme en 1921, la mesure est une «récompense» décidée après une guerre. On reconnaît les femmes comme citoyennes, mais pas au nom de l’égalité. D’ailleurs, les élues sont peu nombreuses! En 1949, cinq femmes sont élues au parlement, soit 2,4% de l’assemblée.

Quand une femme devient-elle ministre?

En 1965, une femme devient ministre pour la première fois. C’est Marguerite De Riemaecker-Legot (Parti social-chrétien). Mais le nombre de femmes parlementaires reste faible.

Quand les mentalités commencent-elles à changer vraiment? 

Dans les années 1970, lorsque le Conseil national des femmes belges lance le slogan «Votez femme!» et invite les partis politiques à inscrire plus de femmes sur leurs listes. Suite à cela, en 1974, 6,6% des élus sont des élues.
Les mesures prises en faveur de plus d’égalité sont d’ailleurs toujours suivies de résultats. En 1986, un secrétariat d’État à l’émancipation féminine est créé, et les campagnes «Votez femme!» s’institutionnalisent. En 1994, Miet Smet (CVP), à la tête du secrétariat d’État, et Louis Tobback (socialiste flamand) font voter la loi visant à promouvoir une répartition équilibrée des hommes et des femmes sur les listes des candidats aux élections. Désormais, celles-ci ne peuvent pas comporter plus de deux tiers de candidats du même sexe. Les résultats suivent: en 1995, il y a 12% d’élues à la Chambre et 22,5% au Sénat.

Les lois en faveur de l’égalité font-elles évoluer les choses?

Oui! En 1999, le quota d’un tiers est d’application pour la première fois aux législatives, et la proportion d’élues directes passe de 12 à 19,3% à la Chambre et de 22,5 à 30% au Sénat. En 2002, la Constitution belge garantit l’égalité des femmes et des hommes. Une loi sur la parité impose la présence d’autant de femmes que d’hommes sur les listes électorales et impose l’alternance des sexes aux deux premières places. Les effets sont immédiats: lors des législatives de 2003, le pourcentage d’élues directes passe de 19,3 à 34,7% à la Chambre et de 30 à 37,5% au Sénat.
En 2003, le parlement fédéral adopte deux lois garantissant la présence de personnes de sexes différents dans l’ensemble des gouvernements du pays. En 2005, le décret wallon qui organise désormais les élections communales et provinciales impose la présence des deux sexes dans tous les exécutifs. Dans la plupart des parlements des entités fédérées, la présence des femmes a progressé nettement entre 1995 et 2014. Après les élections de mai 2014, les assemblées régionales et communautaires comptent 42,3% de femmes, contre 16,5% en 1995.