Le Ceta revient, et pas seul.

Une certaine forme de mondialisation sauvage fait des ravages très concrets, creuse les inégalités et menace la survie de l’humanité. L'alternative est-elle pour autant le repli sur soi, la suppression de tout système de règles internationales, comme le prône Donald Trump? Au contraire, il s’agit de construire ensemble des règles plus équilibrées pour un monde juste et durable. Et nous pouvons y contribuer concrètement, chacune et chacun. 
Le CETA pourrait revenir à l’agenda politique belge avant les élections de 2019, suite à la décision de la Cour de Justice attendue dans le courant du premier semestre. De nombreuses organisations de la société civile, qui avaient obtenu en 2016 le refus de signer le traité en l’état, ont lancé en janvier un appel aux élus et aux citoyens : le CETA reste profondément déséquilibré, il renforce le pouvoir des acteurs économiques qui sont déjà les plus puissants, au détriment de nos emplois, notre santé, notre alimentation et même de la démocratie. Quelle que soit la réponse donnée par la Cour européenne, le message envoyé aux décideurs est clair : si vous envisagez encore d’approuver ce traité, nous sommes prêts à nous remobiliser pour vous en empêcher. Quand Karel de Gucht annonçait en 2013 qu’il négocierait le traité transatlantique TTIP (UE-USA) avant la présidentielle de 2016, personne ne pensait qu’on arriverait à l’en empêcher, mais nous l’avons fait. Il faut continuer le travail. 
D’autant que le CETA n’est pas seul, les autorités belges et européennes ont négocié d’autres traités semblables. Elles sont notamment en train d’organiser l’expansion du système d’arbitrage antidémocratique “ISDS”. En effet, le Parlement européen risque de ratifier mi-février un nouvel accord européen muni d’une clause d’arbitrage anti-démocratique, le premier depuis le CETA à contenir ce mécanisme (dit “ISDS”, renommé « ICS » dans certains accords) qui peut coûter des millions aux autorités publiques lorsqu’elles prennent des mesures de santé publique ou de protection sociale ou environnementale. 
Mais cette fuite en avant n’est pas une fatalité. La plateforme belge pour un commerce juste et durable a adopté une nouvelle position commune pour refuser ces systèmes d’arbitrage injustes (et qui restent fondamentalement déséquilibrés malgré les réformes à la marge entreprises depuis 2015) et promouvoir des politiques alternatives qui placent juridiquement l’humain et la planète avant le profit. En effet, les deux voies possibles ne se résument pas à des politiques de dérégulation incarnées par le CETA ou un isolationnisme à la Trump. Une autre voie est possible, qui place au cœur du droit international la protection des droits humains fondamentaux, plutôt que des intérêts d’une petite élite économique. 
C’est d’ailleurs dans cette optique que se lance une grande campagne européenne, dans la suite de celle qui avait rassemblé plus de 3,5 millions de citoyens européens pour stopper le TTIP et le CETA. Cette fois, le message est double: il s'agit d'affirmer clairement de quelle mondialisation on ne veut pas, celle construite sur des tribunaux d’exception réservées aux firmes transnationales pour faire primer leur droit au profit sur nos droits fondamentaux. Mais, plus que jamais, il faut aussi préciser quel monde on désire construire : un monde dans lequel les droits fondamentaux sont protégés et où les firmes transnationales qui les enfreignent doivent répondre de leurs actes. C’est pourquoi cette pétition massive, lancée à la veille des élections européennes et du vote prévu au Parlement européen, appelle d’une part à la fin du système d’arbitrage antidémocratique “ISDS” sous toutes ses formes et d’autre part à protéger les droits humains face aux abus de certaines firmes transnationales, via de nouvelles législations et dans un nouveau traité international, qui est en réalité en négociation à l’ONU depuis 2014 mais que les gouvernements européens dont la Belgique ne soutiennent pas.