Bacquelaine augmente le risque de pauvreté

La pauvreté augmente en Belgique, et les mesures envisagées par le ministre des Pensions ne vont rien arranger. Quatre mille personnes ont manifesté contre le démantèlement des périodes assimilées qui menace tout le monde, y compris les jeunes. 
En 2015, 2,336 millions personnes étaient exposées à un risque de pauvreté ou d'exclusion sociale, soit 21,1% de la population, pour 2,194 millions de personnes en 2008. L’augmentation est significative et, à politique inchangée, notre pays ne sera pas à même de remplir les objectifs de réduction de la pauvreté et de l'exclusion sociale qu'il s'est engagé à atteindre en 2018 et en 2030. Ce ne sont pas les syndicats qui le disent mais le Bureau du Plan qui a réalisé une projection sur base des informations disponibles jusqu'en juillet 2016. 
Mais ce sont bien les syndicats et leurs affiliés et militants qui sont venus dire non à cette situation et, en particulier, aux mesures de démantèlement des périodes assimilées projetées par le ministre des Pensions, D. Bacquelaine, qui aggravent encore les risques de pauvreté. 

4000 fois non à l’injustice

Le ministre veut limiter le nombre de jours qui peuvent être assimilés en cas de période de chômage ou de prépension à 312 jours. Cela représente une année sur l’ensemble d’une carrière. Au-delà de ces 312 jours, ce n’est plus le dernier salaire brut perçu qui sera pris en considération pour le calcul de la pension, mais un salaire fictif de 1948 euros. Autrement dit, les pensions déjà fort basses dans notre pays seront encore diminuées.  A l’appel du front commun syndical (CSC, FGTB, CGSLB), quatre mille militants et affiliés des trois syndicats ont rejoint le quartier du Sablon, à Bruxelles, pour clamer leur colère et leur refus à proximité du cabinet du ministre des Pensions. Celui-ci devait en effet présenter des textes précis au comité de gestion des pensions et les soumettre pour avis. En dernière minute, le ministre a retiré le dossier. Les militants syndicaux espèrent que leur action ouvrira les yeux du ministre et qu’il abandonnera cette mesure brutale et injuste. 
La mesure devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2017 et s’appliquerait aux périodes de chômage et de La mesure devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2017 et s’appliquerait aux périodes de chômage et de RCC. Les personnes déjà dans ces situations avant le 1er janvier 2017 seraient donc toutes concernées.
La mesure affecterait ainsi les personnes en RCC y compris le RCC après une carrière de 40 ans et le RCC médical. Seules exceptions:  les RCC dans le cadre d’une entreprise en restructuration ou en difficulté, ou d’un métier pénible). Ce qui fait dire à Anne Léonard, secrétaire nationale de la CSC en charge du dossier des Pensions, qu’il s’agit d’une véritable rupture de contrat.  

Les jeunes touchés aussi

La mesure envisagée par Daniel Bacquelaine concerne aussi des travailleurs qui ont bossé toute leur vie mais ont dû subir des périodes d’intérim, de chômage économique ou de chômage temporaire: intempéries, chômage économique pour force majeure (par exemple, à la suite d’attentats terroristes), chômage technique. Les jeunes ne sont donc pas épargnés, notamment les jeunes qui sortent de l’école et n’ont pas un accès stable au marché de l’emploi. C’est le cas de Michelle: âgée de 22 ans, elle est demandeuse d’emploi depuis deux ans mais n’a jamais eu de proposition de contrat à durée indéterminée. Elle accumule une succession de contrats intérimaires et, entre eux, suit des formations pour améliorer ses chances. A 22 ans, elle compte déjà 330 jours de chômage. Il y en a donc déjà dix-huit qui ne seront pas assimilés… Et toutes les périodes d’inactivité qu’elle subira au cours de sa carrière (y compris stages et formations) ne pourront plus être assimilées.
«Il s’agit d’une mesure purement budgétaire. Le ministre veut réaliser des économies dans son département. Mais il ne tient aucun compte de son impact sur les personnes, dénonce Anne Léonard. Il affirme vouloir aider les femmes: elles seront une nouvelle fois au premier rang des victimes! Le ministre semble tout ignorer de l’impact de son projet! De plus, le gouvernement morcelle la présentation des mesures qu’il veut prendre. Quand on les met bout à bout, on se rend compte de la violence de l’impact

Calculez ce que vous perdrez

Pour permettre à chaque personne –quels que soient son âge et sa profession de calculer ce qu’elle perdra quand le moment sera venu de prendre sa pension, les trois syndicats ont imaginé un calculateur facile à utiliser. Cliquez ici pour faire le test. Il suffit de remplir quatre cases (année de naissance, nombre de mois d’inactivité, dernier salaire réel brut et prime de fin d’année. Le résultat du calcul apparaît. 
Par exemple, un ouvrier de la construction qui gagne 2800 euros bruts/mois et a subi chaque année un mois de chômage pour intempéries perdra 37 euros chaque mois si la mesure sur les périodes assimilées est mise en œuvre. 
Les femmes qui travaillent à temps partiel involontaire dans la distribution et le nettoyage et perçoivent une AGR (allocation de garantie de revenus) vont une nouvelle fois être touchées. Bref, couper dans les périodes assimilées équivaudrait à provoquer un bain de sang parmi les travailleurs qui ont les pensions les plus modestes. Le ministre y sera-t-il enfin attentif?