Avec toi, réfléchir à mon toit

Tu sais, j’ai beaucoup travaillé. C’était encore possible il y a quelques années. J’ai investi dans mon foyer, pour moi et ma famille, construit un nid douillet (…). Ce toit,c’était moi.
Nous y avons vécu et nous sommes aimés. Puis, le temps a passé, les enfants nous ont quittés. Notre âge a avancé et la santé a périclité. Trop grand et plus adapté, trop lourd à entretenir et à payer. Trop loin des commodités, il a fallu s’en séparer. Ce toit, c’était une partie de moi.
Nous avons opté pour un appartement en centre-ville, quel changement! Je regrette mon ancien bâtiment, mes amis et mon quartier d’antan. Mais nous n’avions pas le choix évidemment. Ce toit, ce n’ était plus moi.
Puis, ma Lucie s’ en est allée, la maladie l’a emportée. J’ai été bien accompagné, mais sa disparition m’a dévasté. Ma santé s’est encore détériorée, mon appartement est devenu inapproprié. Il a fallu le quitter. Ce toit, ce n’ était plus pour moi.
En maison de repos, j’ai déménagé. J’ai de la chance, je peux la payer (…). Maintenant, chez moi, c’est une pièce aménagée (…). Le personnel est dévoué, même s’ il est constamment pressé. Je rencontre d’autres aînés, ma famille vient me visiter. Je n’ai pas à me plaindre, vous me direz.
Pourtant, je me sens diminué, je pense sans cesse à mon passé (…). Ici, je suis comme enfermé. Ce toit, ce n’ était plus pour moi.
Aujourd’hui, perdu dans mes pensées, je me laisse aller à rêver. D’une autre vie pour nos aînés, un autre modèle de société. Où ils auraient leur carte à jouer.
Pour nos logements, de nouveaux projets. Maisons adaptées, habitats groupés. Il y a probablement de belles idées. À réfléchir avec et pour les personnes âgées (…). Avec toi, je veux réfléchir à mon toit.
Texte rédigé par Marie Marlier, permanente interprofessionnelle CSC, avec les Seniors de la CSC de Mons-La Louvière.